Titre Jeunes Titreur

La date précise de la fondation de notre société nous est inconnue, aucun acte archivé n'étant en notre possession. Mais un témoignage digne de foi, recueilli en son temps par notre historien local M. Arsène Remy, nous assure qu'une fête de tir eut lieu à Reconvilier en automne 1869 sur une aire sise à l'est du stand actuel. Les tireurs tavannois y vinrent en nombre, accompagnés de leur fanfare. Cette manifestation fut sans doute le déclic qui incita de dignes fils de Guillaume Tell à se grouper en société au cours de l'hiver 1869-1870, offrant ainsi aux jeunes gens du village un nouveau divertissement organisé en plus du chant et de la gymnastique. Ces pionniers furent Henri Thalmann, Edouard Boillat-Bueche, Hippolyte Frêne, Hippolyte Schütz, Fritz Riard, Ami Delachaux, Jules et Paul Cousin.

L'an 1870 ne fut pas tout rose pour les 915 habitants de Reconvilier qui entrevoyaient pourtant l'avenir avec confiance grâce à l'annonce de la prochaine construction du chemin de fer de Sonceboz à Court. Mais une grave sécheresse sévit, qui influença de manière désastreuse le prix du bétail, vu le manque de fourrage, et provoqua ( déjà !) une hausse des prix à la consommation. Dernier coup fatal : à mi-juillet, la France déclara la guerre à la Prusse, d'où levée de troupes suisses sous les ordres du général Herzog ...

Malgré tout, la jeune société survécut et, en 1873 et 1874 déjà, stand et ciblerie furent érigés. Hélas, l'entrepreneur italien ayant construit les murs de la ciblerie à sec, ceux-ci s'écroulèrent à la suite d'un éboulement dû aux intempéries. Ce fut une coûteuse expérience pour notre société, car le constructeur fautif était rentré précipitamment dans son pays sitôt la facture payée... Il fallut près de cent ans pour que la situation financière s'en remette!

La nouvelle organisation militaire, contraignant les soldats à faire partie d'une société de carabiniers pour accomplir leurs tirs obligatoires, entra en vigueur en 1875. Cette même année, les tireurs de Reconvilier baptisèrent leur première bannière, qui flotta à leur tête jusqu'en 1920, lorsqu'elle fut détruite dans un incendie ravageant le Café du Midi. En 1876, notre société groupée sous son étendard participa à l'inauguration de la ligne CFF Sonceboz-Court et de la gare de «Reconvillier» ( qui s'écrivait encore avec deux « 1 » à l'époque).

Une fête de tir fut organisée sur deux jours, en 1879, à Reconvilier, prélude à deux décennies prospères et riches en activités. C'est durant cette période que les tirs en campagne (appelés aussi sorties militaires) firent leur apparition. Notre société en organisa à La Heutte, Montoz, Bellelay et Sonceboz entre autres, où la plupart des membres se déplaçaient à pied, pour l'aller comme pour le retour. Mais en 1889, c'est un char à échelles décoré qui transporta les carabiniers et la fanfare de Reconvilier jusqu'à Crémines, pour une fête de tir. Auparavant, plus précisément en 1887, notre société avait été présente à La Chaux-de-Fonds, lors du Tir cantonal neuchâtelois.

En dépit de scissions internes qui virent certains membres se détacher pour créer une deuxième et même une troisième association de tir (qui ne survécurent que quelque temps), après 1890, notre société se maintint avec un effectif oscillant entre 20 et 25 membres. Elle prit part, avec plus ou moins de succès, à toutes les manifestations de tir du district et jusque dans le vallon de Saint-Imier.

Hélas, notre stand tombait en ruine ! ... Dès 1898, on songea à le reconstruire. Mais la dépense qu'il fallait consentir était si importante que la société hésita longtemps avant de prendre une décision dans ce sens. Il faut relever qu'à l'aube du XXe siècle une cinquantaine de membres versaient une cotisation annuelle de 3 fr. 60, souvent payée en deux ou trois fois, et que les dettes importantes avaient de quoi effrayer les honnêtes et modestes villageois.

Le XXe siècle

En 1901, la Société cantonale des tireurs bernois nous accueillit en son sein, comme l'Association des tireurs du district de Moutier remplaçant l'ancienne Union des tireurs du val de Tavannes. Ayant revendiqué le Grand Tir du district de 1904, notre société fut contrainte de construire un nouveau stand et une nouvelle ciblerie. Profitant de cette synergie, le comité de l'époque n'hésita pas à adjoindre à ces réalisations l'édification de la grande cantine qui fut utile, selon ses prévisions, non seulement à notre société mais à toutes celles de la localité durant de longues années.

Mais ces constructions coûtèrent fort cher et l'on se demande comment la somme de 14000 francs fut trouvée et surtout amortie. Il est vrai que la Bourgeoisie, qui de tout temps fut un partenaire compréhensif et coopératif de la Société de tir, prêta son aide financière par une contribution de 3000 francs. Les membres actifs consentirent, quant à eux, un effort remarquable en acceptant de verser une contribution extraordinaire de 6 fr., ce qui, pour l'époque, correspondait à un grand sacrifice. C'est ainsi que le Grand Prix de district de 1904 put avoir lieu et il connut un succès mérité, grâce aussi à la collaboration de toute la population pour son organisation. La quasi-totalité du bénéfice de cette manifestation fut affectée à l'amortissement de la dette qui diminua dès lors chaque année. Il faut dire aussi que les tireurs de l'époque ne manquaient ni d'idées ni d'engagement.

En 1907, ils organisèrent une grande tombola (1 0000 billets !) et, en 1912, mirent à nouveau sur pied un Grand Tir de district, deux initiatives dont les bons résultats financiers permirent d'éponger plus rapidement cette dette. Ainsi soulagée et stimulée, la société prit part à toutes les manifestations de tir du district et du Vallon, après s'être alignée pour la première fois de son histoire, et avec succès, dans le Concours cantonal de Delémont en 1909.

Cette activité dynamique se poursuivait à l'été 1914 par un entraînement intensif en vue d'une grande fête de tir à Tramelan, lorsque le tocsin annonça le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Et, comme le relate un procès-verbal de l'époque : «...au lieu de partir gaiement pour une fête de tir, la fleur au fusil, c'est à la frontière qu'il faut se rendre, là où déjà le canon fait entendre sa voix.»

Dès lors, on le comprend, toute activité fut suspendue. On relèvera cependant qu'une assemblée fut tenue en 1916 et que le comité fut réélu en bloc. Ces dirigeants responsables décidèrent courageusement de rester en place jusqu'à la fin des hostilités.

Il fallut attendre 1920 pour que les activités de notre société reprennent normalement. Mais de nouveaux problèmes surgirent : reconstruire la ciblerie qui ne répondait plus aux normes de sécurité en vigueur; hausser la butte de trois à quatre mètres; réparer la toiture du stand; remettre en état les installations de téléphone et de sonnerie complètement hors d'usage. En plus, la cantine, côté ouest, menaçait ruine... La caisse était vide, la dette s'élevait encore à 6500 francs et plusieurs milliers de francs étaient nécessaires pour l'exécution de tous ces travaux. Rappelons qu'on était dans l'année du cinquantenaire et que l'étendard venait d'être détruit dans un incendie... La population de Reconvilier - en particulier les industriels - se mobilisa pour offrir une nouvelle bannière à la Société de tir qui put ainsi fêter dignement son demi-siècle d'existence. Et c'est dans ce même esprit de solidarité que nos autorités municipales et bourgeoises, les commerçants et les sociétés locales apportèrent leur appui généreux pour mener à bien la réfection de la cantine.

De leur côté, les tireurs mirent tout en œuvre pour remettre à flot les finances de leur société: cotisation portée à 5 fr., match au loto, manifestations de tir, grande tombola et restriction des dépenses leur permirent de poursuivre victorieusement et intensément les activités sportives dans le Jura bernois et le canton. De 1921 à 1929, pas moins de 18 fêtes majeures de tir avaient vu leur participation. Citons les plus importantes : 1er Tir fédéral à Aarau qui valut à notre section une superbe channe en 1924; 1er Tir jurassien à Moutier en 1925; Tir cantonal bernois récompensé par une grande coupe et une couronne spéciale en 1926; Tir cantonal vaudois à Payerne en 1928; Tir fédéral à Bellinzone en 1929. Cette année-là, 180 membres effectuèrent leurs tirs obligatoires ou libres.

Et l'on arriva en 1930... Année de crise mémorable qui n'empêcha pas notre association d'organiser avec succès la 17e Fête des tireurs du district de Moutier sous la présidence - comme en 1904 et 1912 - de M. Werner Brand . Et cette même année, notre société fit (déjà) l'objet d'une plainte émanant de plusieurs villageois ne supportant pas le bruit occasionné par les exercices de tir du dimanche matin, durant les heures de culte surtout...

On le voit, aucun coup dur ne fut épargné aux fines gâchettes de Reconvilier. En 1937, c'est un coup «vache» qui leur arriva. Le samedi 15 mai, un bovin échappé de son troupeau s'en vint brouter dans la ligne de tir, déjouant les mesures de sécurité prises comme à l'ordinaire. Il suffit d'une balle «perdue» pour que le drame s'accomplît: la colonne vertébrale fracassée, la malheureuse vache s'écroula, fauchée à mort... L'enquête qui s'ensuivit - et déplaça plusieurs colonels - dura jusqu'en août ! En fin de compte, la moitié des frais occasionnés par cet incident peu banal furent mis à la charge de notre société, qui s'en serait bien passée !

Deux ans plus tard éclatait la Deuxième Guerre mondiale, la mobilisation générale était décrétée et les tirs obligatoires étaient suspendus. Il fallut abandonner pour l'instant tous les projets élaborés. Mais la Société de tir ne disparut pas pour autant et, en 1940, elle reprit son activité au ralenti, certes, se penchant surtout sur des problèmes techniques qu'on retrouve à intervalles réguliers : réfection de la ciblerie et de son agencement; remplacement du câble électrique souterrain reliant le stand à la ciblerie, détérioré lors du drainage. Des vols par effraction, dont on ne retrouva jamais les auteurs, furent commis au stand en 1943. L'année suivante, une installation pour tir au petit calibre fut décidée et une sous-section créée, qui fut cependant dissoute trois ans plus tard car elle était source de déficits répétés

Le 75ème anniversaire de notre société fut célébré par une fête de tir les 28 et 29 avril 1945. L'Hôtel de l'Ours servit de cadre à une soirée familière le premier soir. Les comptes de ce tir du jubilé bouclèrent par un bénéfice de 1063 fr.10, beau résultat financier pour l'époque, avec la participation de quelque 800 tireurs.

Les années qui suivirent furent calmes, les activités normales, sans plus, jusqu'en 1952 où notre société participa, forte de 27 membres, au 7ème Grand Tir jurassien à Porrentruy. Elle s'y classa fort honorablement au 3ème rang en 2ème catégorie, avec 94,163 pts de moyenne au concours de sections. Pour la même année, on retiendra encore un record de participation au tir en campagne de Loveresse : 87 tireurs de Reconvilier y démontrèrent leurs talents. En 1953, un simple laurier récompensa la performance de notre section au Tir cantonal d'Interlaken, pour une modeste moyenne de 79,250 pts.

1954 fut une année très agitée par des problè mes internes, un clan contestataire ayant même failli faire éclater la société. Et pourtant, cette année -là, le sport fut particulièrement à l'honneur en dehors des conflits de personnes: en mars, tir d'hiver à Malleray; en mai, tir en campagne à Tavannes et tir de Maîtrise jurassienne à Court; en juin, les tirs du Kessiloch et de Soyhières; en juillet, Tir fédéral à Lausanne. Mais le clou de cette saison bien chargée fut l'organisation du 22ème Tir de district laissant un bénéfice de 6391 fr.40, ce qui permit l'achat de matériel de signalisation « Sius » pour1500 fr. En 1955, on procéda à la énième rénovation du stand. La Fonderie Boillat ayant pris 4000 fr. à sa charge, la société ne dut supporter «que» les 3000 fr. restants. Quelques remous et empoignades verbales secouèrent encore les assemblées jusqu'en 1960 qui vit enfin les esprits se calmer.

Dès lors, les tireurs purent reprendre et poursuivre, avec plus ou moins de bonheur, leurs multiples activités sportives, sous la houlette d'un comité formé de citoyens compétents, dévoués et dynamiques. Après un laurier argent pour une moyenne de 35,868 pts au Tir fédéral de Thoune en 1969, on se consacra surtout à la mise sur pied des manifestations et festivités devant marquer le centenaire de notre société.

Un siècle d'existence

Les festivités du Centenaire méritent bien un rappel détaillé. Les 13 et 14 juin 1970, Reconvilier vécut deux journées mémorables. Le samedi soir, une trentaine d'invités de marque de notre société étaient conviés à un excellent souper servi au Restaurant du Midi où ils furent salués par M. Etienne de Coulon, président du comité d'organisation. Au cours du repas, la fanfare de Reconvilier se produisit. Puis nos musiciens conduisirent officiels et invités, en cortège à travers un village pavoisé, jusqu'à la cantine du stand où se déroula la manifestation officielle et publique, régie et animée par M. Francis Aufranc. Plus de 600 personnes y assistèrent. Productions et allocutions alternèrent et M. Pauli, président de I'AJST, offrit un vitrail souvenir à la société centenaire. Quant à M. Henri-Louis Favre, maire et ancien président des tireurs locaux, il se fit l'interprète de la Municipalité et de la Bourgeoisie, ainsi que des sociétés sœurs, pour remettre les dons de tous à M. Gérald Bassin, président de notre société. Les gymnastes- dames et hommes- et les trois chœurs de Reconvilier obtinrent un franc succès lors de leurs intermèdes. Et c'est aux accents de la marche «Au drapeau» que le nouveau fanion de notre société de tir, inauguré à cette occasion, fut présenté sousles applaudissements de la foule. La fanfare mit fin à cette partie officielle avant que le maître des cérémonies n'invitât l'assistance à danser aux rythmes des « Los Renaldos ».

Mais c'est le Tir du centenaire, se déroulant sur les deux jours, qui fut l'événement principal de cet anniversaire. Plus de 700 tireurs y participèrent, soit 465 formant 93 groupes et 240 individuels; 215 distinctions furent obtenues, ou 28,7%. Le beau temps fut aussi de la fête et les conditions de tir furent, par conséquent, optimales. Tout contribua donc au magnifique succès de cette manifestation. Les enfants ne furent pas oubliés, puisque le dimanche, animé par le Club des accordéonistes, ils furent 253 à lâcher un ballon lesté d'une carte-réponse. Le vainqueur de ce concours, dont le ballon parcourut 435 km pour atterrir à Berg im Drautal, en Autriche, fut Roland Oppliger. Grâce au fantastique travail du comité d'organisation - dissous le 28 août au terme de sa séance de clôture - et de tous les bénévoles, les comptes généraux dégagèrent un substantiel bénéfice de 9099 fr.85.

Depuis cet exceptionnel jubilé, 25 ans se sont écoulés. Si nos mémoires ont moins d'effort à faire pour se souvenir des événements qui ont jalonné ce dernier quart de siècle, nous en rapellerons tout de même les plus importants. Les terribles et persistantes intempéries du long hiver 1972/73, le gel surtout, causèrent de très gros dégâts au stand et en particulier dans les bureaux. Comme de toute façon des améliorations techniques devaient être exécutées avant le 11ème Tir jurassien de 1974, le comité, après de multiples entretiens avec les autorités et les responsables civils et militaires, décida une rénovation complète du stand, avec buvette. Bien que la Municipalité ait accordé une subvention de 25 000 fr., une foule de problèmes vinrent se greffer sur le projet de construction et, le temps pressant, les séances de comité se multiplièrent pour traiter cet objet, dont la responsabilité fut attribuée à Alain Dubler. 1974 fut en outre une saison très chargée sur le plan sportif, puisque pas moins de 11 fêtes de tir et 3 grands tirs figurèrent au programme, en plus de l'assemblée de I'AJST en nos murs. Outre le tir du Canada et celui du 125ème anniversaire de la SSC, notre société organisa, conjointement avec celle de Bévilard, le 11ème Tir jurassien en août 1974. M. Henri-Louis Favre fut président du comité d'organisation. On retrouve cet homme compétent et dévoué au même poste en 1977, à l'occasion du 29ème Tir de district mis sur pied par la Société de tir de Reconvilier, sur deux week-ends en août, pour célébrer les 75 ans de l'Association des tireurs du district de Moutier.

En 1978, la commune de Reconvilier inaugura sa splendide Halle des fêtes. En 1980, ce fut au tour de notre société de fêter la fin des travaux de notre stand et de not re carnotzet par un tir d'inauguration. 1981 est surtout l'année où furent terminés les travaux d'aménagement aux alentours de notre stand. Les 4 et 5 septembre 1982 eut lieu le Tir de la Fête des communes du Jura bernois, dans le cadre de cette manifestation qui connut un retentissant succès.

En 1984, notre village célébra le 1100ème anniversaire de sa fondation. Notre société ne pouvait rester à l'écart d'un tel événement. Aussi, elle organisa avec succès le Tir du 1100ème au mois de mai et fut présente en outre aux tirs cantonaux tessinois et jurassien. La participation de nos tireurs au Tir fédéral de Coire, récompensée par un laurier or, fut la seule manifestation importante ayant marqué 1985. L'organisation d'un Tir du groupe B fut la principale activité de notre société en 1986, cela pour l'inauguration de la bannière de I' ATDM. Encore une somme de dévouement récompensée par un substantiel bénéfice. C'est aussi cette année-là que fut mis en route le processus de rénovation de notre ciblerie. Il fut maintes fois à l'ordre du jour des séances de comité et donna bien du fil à retordre à nos responsables, soit sur le plan administratif, soit sur le plan financier. En 1988, le Tir du Mittelland, à Belp, le Tir cantonal de Schwytz et le Tir de district, à Tramelan, virent la participation de nos fins guidons. La nouvelle ciblerie fut encore au centre des discussions. Le 26 mai, une assemblée générale extraordinaire, honorée de la présence du maire Erwin Steiner, décida du projet définitif de la ciblerie avec 6 cibles électroniques et place réservée pour 6 autres. Le début des travaux fut fixé au mois d'avril 1989 avec l'adoption du système «Sius Ascor».